Sénégalaiseries : La dérive des incontinents…Une satire d’Ibou Fall

incontinents

La chenille est devenue papillon. Depuis que Sa Rondeur Macky Quatre opère sa mue, dans le paysage politique, c’est le branle-bas de combat. D’un côté, les sommités qui l’ont rejoint et aidé à se tailler un costume de présidentiable ; puis, une fois qu’il s’est installé, il y a ceux qui lui ont servi de caution morale et intellectuelle, de certificat de bonne vie et mœurs. Mais ça, c’était avant. En dix-huit mois, Sa Rondeur Macky Quatre s’est fait à l’idée que c’est lui, finalement, le patron. Il supporte de plus en plus difficilement les égos surdimensionnés. Et commence à apprécier davantage les laudateurs, les thuriféraires, les lèche-bottes. Et dans ce registre, il y en a qui savent y faire. Ils sont en train d’accourir, pressés de rejoindre le cercle restreint des décideurs, là où se partagent les privilèges. En sens inverse, les alliés de la première heure perdent patience lorsqu’ils ne s’estiment pas récompensés à leur juste valeur. Ils quittent progressivement le navire quand ils ne sont pas défénestrés. On peut appeler ça la dérive des incontinents ?

Macky Sall, nouvellement investi, il y a de cela dix-huit mois, un rien pataud, le geste emprunté, manque manifestement d’assurance, et de carrure dans les habits de président de la République que l’électorat vient de lui tailler. Rien n’explique son sacre, au fond. C’est l’une des grandes énigmes du siècle : ni le privilège de l’âge, ni l’argument des diplômes, ni celui de la naissance. Il n’a pas même vécu le martyre d’un haletant cursus politique. C’est un miraculé, et il le sait. Il n’est pas Senghor, encore moins Wade. Il a quelque chose d’Abdou Samba Toro Diouf, que les caprices de son mentor mettent sur orbite en 1981 : il restera au firmament vingt ans. Macky Sall, c’est un peu ça. Qui de Wade où d’Idrissa Seck prend sur lui de l’extirper du nombre et le, heu, fabriquer ? C’est-à-dire programmer son ascension enivrante ? Du jour au lendemain, directeur de société nationale, ministre, ministre d’Etat… Puis, là, c’est Wade qui décide : Premier ministre, Président de l’Assemblée nationale. Jusqu’ici, il a le destin du pion dans un jeu d’échecs…

Et puis son histoire s’emballe, à son corps défendant. En 2008, ce brave Macky se retrouve dans la faune interlope des opposants à Wade, sans trop savoir comment ni pourquoi. Sa bonne étoile doit être un astre plein de fantaisie. Mais lui, ne rêve pas. Il sait que dans l’aréopage des mécontents, il n’est pas le plus capé. Conclusion, il lui faut bosser pour réduire le handicap. Il sillonne le pays sans tambour ni musique, pendant que les superstars de l’opposition se prélassent dans leurs villas dakaroises et se regardent le nombril fixement. C’est sans doute à ce moment précis que son destin se scelle.

ET PUIS LE RONDOUILLARD MACKY SALL DEVIENT SA RONDEUR MACKY QUATRE

Le Père One Man Chauve, qui ne doute pas beaucoup, lorsqu’il le vire du Pds, commet une bourde. Macky n’est pas indispensable, certes. Seulement, en cette année 2008, il tient encore l’appareil électoral du Pds… L’année précédente, c’est lui qui installe les comités électoraux pour faire réélire Wade dès le premier tour. Il enchaîne en conduisant la liste de la coalition autour du Pds. L’appareil du Père Wade est encore entre ses mains quand on le vire… Il n’y a qu’à se souvenir du désarroi du Père One Man Chauve lors de la dernière présidentielle, réduit à briguer des consignes de vote des marabouts. Ils n’avaient même pas pu procéder aux renouvellements de leurs instances en 2009, d’où le désastre des locales qui voit l’opposition rafler les principales collectivités locales. En 2012, également, même pipe même tabac : impossible de renouveler les instances, de mettre en place un appareil électoral. La descente aux enfers est enclenchée pour le Père Wade. Il ne redressera plus la barre, malgré les multiples manœuvres pour piper les dés.

Pour Macky, la moitié du chemin reste à faire… Sa nouvelle famille exige des gages de fidélité. Les va-et-vient d’Idrissa Seck, un autre enfant abandonné du Père libéral, l’ont rendue méfiante vis-à-vis de la couleur bleue. Ça tombe bien, Macky est marron. Il est de tous les complots, avec le zèle touchant des néo-convertis. Les Assises nationales ? Dès que Wade les bannit, il signe les yeux fermés. Aux locales, il s’unit à tous ceux qui se dressent contre la Wade family. Ça se nomme Benno Siggil Sénégal. N’empêche, le rondouillard Macky continue de raser les murs. C’est surtout parce que dans les rangs des mécontents, il y a du lourd, des forts en thème. Ousmane Tanor Dieng, par exemple, préside aux destinées du plus vieux parti du Sénégal, même si son électorat se réduit à son, heu, plus simple appareil ; Moustapha Niasse, qui s’évertue à poser en doyen de la famille socialiste, rappelle à l’envi être dans la cour des grands depuis Senghor. Il réussit l’exploit peu banal de caporaliser ses anciens adversaires : Amath Dansokho, Abdoulaye Bathily, Madior Diouf et bien d’autres icônes défraîchies de l’opposition, ornent son paysage de campagne.

Et puis, il y a Idrissa Seck, qui fut le mentor des débuts de l’ascension, qui se radicalise dès que le Père Wade annonce sa candidature pour 2012 et ouvre les hostilités qui connaissent leur paroxysme le 23 juin 2011. Macky Sall, pour la photo de famille de l’opposition, ne pose pas vraiment au premier rang. Il a dû apprendre par cœur au primaire la fable du Lièvre et la Tortue. Il part à point, sillonne le pays, laboure du champ électoral. Il vient d’apprendre comment y faire à l’académie du Père Wade, sacrée école s’il en est. Dans les rangs de l’opposition, les querelles de nombril commencent à gonfler l’opinion. Tanor Dieng et Moustapha Niasse n’arrivent pas à se montrer à la hauteur de leurs ambitions. Idrissa Seck n’inspire confiance à pas grand monde. A n’en pas douter, Macky Sall est né sous une bonne étoile. Et, le 26 février 2012, son destin bascule. Il doit faire face à Wade au second tour. A ce moment précis, il a tout le pays derrière lui. Un raz-de-marée emporte le Père One Man Chauve et ses derniers éléphants blancs pour les remiser au placard. Et Macky, le rondouillard, devient Sa Rondeur Macky Quatre.

Seulement voilà : c’est bien d’être arrivé là (il y en a qui tueraient pour y accéder) mais gouverner le Sénégal demande des prédispositions qu’il ne se sent pas encore. Pour y pallier, il a besoin de s’entourer de sommités derrière lesquelles il peut cacher ses carences. La nomination d’Abdoul Mbaye au poste de Premier ministre procède de ce calcul. Il a un Cv, de la tenue et une sorte d’aura qu’il doit à la célébrité paternelle. Ça ouvre une fenêtre sur le monde des «Cent Familles» avec lesquelles il faut composer. Et la série se poursuit gaillardement. Autour de lui, il ramène le maximum du clinquant. Faut que ça brille : il y a les forts en thème, les fortes têtes, les peoples. Ça grenouille et ça grouille autour de lui : une flopée de conseillers de bonne notoriété, une nuée de conseillers en communication. La liste s’allonge indéfiniment. Et ça coince. La meilleure équipe n’est pas l’équipe des meilleurs. Ils se tirent dans les pattes les uns les autres. Des égos surdimensionnés qui s’entrechoquent pendant que Sa Rondeur trouve ses marques petit à petit. Il se décomplexe et sort de sa coquille.

LA FOURNEE DES GRANDS DUPES

La première victime est sans doute Alioune Badara Cissé, sacrée tête de mule. On lui aurait reproché des accointances avec les milieux interlopes de la drogue. Voyez-vous ça : un avocat qui a dans son carnet d’adresses, au chapitre des clients, quelques délinquants au Cv sulfureux… Puis, Sa Rondeur commence à trouver que son Premier ministre, avec son train de sénateur, a par trop des airs de …premier de la classe. Il tient à ce qu’on sache que c’est lui qui le vire et non l’inverse. Une démission fracassante d’Abdoul Mbaye lui donnerait-elle le sentiment bizarre d’être limogé par son collaborateur ? Et puis la série se poursuit. Jacques Diouf trouvera les formules de politesse convenables pour s’en aller. Il n’en peut plus d’attendre d’être Premier ministre alors que Son Moussoor Mimi Touré prend le gouvernail.

Exit le people Youssou Ndour qui lui vole la vedette lorsque Barack Obama fait escale à Dakar. Moubarack Lô, qui attend son heure, également, manifeste son agacement. Il se tourne les pouces depuis dix-huit mois… Juste une nomination pompeuse. Comme les autres, il sert de caution intellectuelle, sans plus. A aminata Tall, le Conseil économique, social et environnemental ; au Père Mahtar Mbow, Sa Rondeur confie la réforme des institutions ; à Doudou Ndoye, les questions de terre ; à Babacar Touré, la régulation de l’audiovisuel. Des célébrités et des sommités à ses côtés, ça lui donne un semblant de contenance au moment où il cherche ses marques. Mais, au fond, c’est à se demander s’il a vraiment ce souci de réformer le pays. Il prend plutôt ses aises, là, se payant jusqu’au luxe de festoyer à l’occasion du cinquième anniversaire de l’Apr, poussant même la chansonnette en public devant les militants conquis d’avance par un «joyeux anniversaire» ponctué de la formule qui fait fureur, «fii todj na». Quant à ses proches, ils se déploient de plus en plus ouvertement pour se partager les fromages. Mais surtout, il y a que Sa Rondeur Macky Quatre devient davantage sensible au chant des laudateurs professionnels qui flairent les opportunités et affluent par vagues : si Iba Der Thiam arrive à reculons, Mbaye-Jacques Diop, Ousmane Sèye, Demba Dia, Ahmed Khalifa Niasse et autres, eux, ne mettent pas de fard. Ils annoncent sans doute la ruée des opportunistes de seconde zone…

Une dérive des incontinents qui fait désordre et provoque des embouteillages : ceux qui n’ont plus la patience d’attendre que leur valeur soit récompensée au juste prix s’en vont. Ils croyaient que ce serait la tournée des grands ducs, ce ne fut que la fournée des grands dupes. Tandis qu’à l’opposé, ceux qui ne peuvent rester plus longtemps loin des cercles de décision arrivent au petit trot, la queue entre les jambes. Parce que le constat est unanime : la chenille est devenue papillon.

Ibou Fall

Publié par Aliou FAMA, le 25/12/2013, à 11:50 GMT
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